By Florence Thibaut On mardi, juin 10 th, 2014 · no Comments · In
Uli Grabenwarter

Uli Grabenwarter

Réconcilier éthique et rendement, performance et durabilité, tel est le moteur de la finance durable. Limiter la spéculation et investir dans la communauté permet d’envisager une finance plus soutenable. Depuis la crise financière, les particuliers, comme les entreprises sont nombreux à vouloir investir autrement et à plus long terme. En plein développement à Luxembourg, ce segment du secteur financier donne naissance à de nouveaux métiers et types de compétences, plus en lien avec les besoins des entreprises sociales.

A l’honneur d’une récente conférence de l’Alfi, l’association luxembourgeoise des fonds d’investissement la finance durable est ancrée au Luxembourg depuis déjà plusieurs années. Loin d’être un effet de mode, c’est une tendance qui se renforce de plus en plus. Avec la crise qui a secoué les marchés, les États doivent réfléchir à de nouvelles manières de gérer les ressources. Pour Uli Grabenwarter, Head of Strategic Developement chez European Investment Fund et co-responsable du groupe de travail dédié à l’investissement responsable à l’Alfi, si on s’intéresse à ce domaine, il faut, tout d’abord, dissocier finance durable, Impact Investing, et microfinance. « Les réalités de marché y sont différentes. Dans le premier cas, il s’agit avant tout de limiter les effets négatifs de la finance en contrôlant les critères de sélection des investissements. Dans l’Impact Investing et la micro-finance, la démarche est beaucoup plus proactive puisqu’il s’agit de faire en sorte que les mécanismes financiers produisent des effets positifs. On y associe rentabilité financière, impact sociétal et environnemental. On tient compte de critères extra-financiers. Comme partout dans le monde, la finance durable au sens large est plus développée sur le marché luxembourgeois, car elle demande moins de changements dans la manière de travailler et aussi moins d’implication ».

S’interroger sur la finalité

En croissance partout en Europe, les entreprises sociales ont besoin de financements qui répondent à leurs finalités et leurs valeurs. « Un nouveau marché est en train de se créer. En tant que leader en Europe, l’industrie des fonds d’investissement luxembourgeoise a une carte à jouer pour développer de nouveaux produits ».
De plus en plus courant, l’Impact investing peut se définir comme une manière d’investir qui entend améliorer le sort des moins biens lotis, dans les pays du Sud, comme du Nord, tout en favorisant une vraie rentabilité aux fonds. Ce type d’investissement finance des secteurs comme la microfinance, l’agriculture, l’habitat, l’écologie, l’éducation ou encore la santé. Il suppose que les engagements sociétaux, ainsi que les impacts sociaux et environnementaux soient communiqués de manière transparente et soient évalués chaque année.
« Une bonne partie des investissements qui se disent socialement responsables ne sont en fait que des arguments marketing. Dotés d’un emballage un peu différent, ils proposent des produits classiques, ce qui n’est pas possible dans le cas de l’Impact investing, soutient Uli Grabenwarter. L’organisation est tenue de présenter ses objectifs en même temps que ses résultats financiers. Succès comme échecs doivent être consignés. C’est un domaine beaucoup plus récent, sans doute né en réaction à la crise que nous subissons depuis 2008. Il engendre de nouvelles manière de générer de la valeur, permet de nouveaux modèles et alliances secteurs privé/public ».

« Les chargés de clientèles ne peuvent plus de cantonner à un rôle de responsables de vente. La nature même de la relation commerciale va changer ».

Lame de fond

Répandu depuis 2007, le terme Impact Investing renvoie déjà à des mécanismes bien établis, notamment au Royaume Uni, précurseur en la matière. Le Social Impact Bond ou Social Benefit Bond lancé en 2010, permet ainsi de financer des projets publics dans l’optique d’améliorer le service rendu aux citoyens.« Des mécanismes similaires commencent à fleurir un peu partout en Europe, que ce soit aux Pays-Bas, en France ou en Belgique. Une réflexion est vraiment en marche ». Pour bien développer ce créneau, il faudra former les travailleurs du secteur en conséquence. De nouvelles compétences seront nécessaires. Embrayant sur ce constat, des acteurs académiques creusent dans cette direction. L’Université du Luxembourg a lancé une Chaire spécialisée dans l’investissement social l’année dernière. La Luxembourg School for Finance a, quant à elle, créé un cours en Impact investing. L’Alfi et le CRP Henri Tudor organisent fréquemment des conférences sur le sujet.
« Beaucoup d’acteurs ont compris qu’on était face à un secteur potentiellement porteur. Le succès de la finance durable au sens large va demander un nouveau positionnement des banques. Les acteurs de la banque privée, par exemple, ont toujours fonctionné sur base d’une gamme de produits très standardisée. Dans la gestion de fortune, les clients demandent aujourd’hui une expertise de plus en plus large. Les chargés de clientèles ne peuvent plus se cantonner à un rôle de responsables de vente. La nature même de la relation commerciale va changer. C’est à la fois un défi et une opportunité pour la place de se réinventer et mieux répondre aux besoins des clients. Tout est toujours en constant mouvement dans la finance. L’Etat doit à présent réfléchir à un cadre réglementaire adéquat. Le gouvernement réfléchit ainsi notamment à une nouvelle forme de société entre l’asbl et la structure commerciale ».